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Aventures du jeune Yi Shou par Domenico
I - Ce jour, j'ai vu

Une ombre passa dans les buissons au clair de lune. Moi. Jeune Yong-Weigien, orphelin et méconnu, traqué, poursuivi. Ils veulent ma tête car j'ai vu ce qu'ils ne voulaient pas que je voie. Maintenant ils me cherchent ...

J'étais comme tous les autres habitants; je vivais dans ma hutte en bois au bord du village. Le marchand me faisait souvent offrande de quelques nourritures quand j'encourageais les gens à venir acheter chez lui. Mais ce jour là, il n'était pas. Sa maison était en total désordre, ses meubles étaient brisés et ses marchandises répandues partout par terre, écrasées. Les murs étaient souillés, recouverts d'une espèce de purée gluante verte.
J'appelais le vieil homme aussi fort que je pus. Seul l'écho des montagnes me répondit. Le village était désert. Un des buissons bougeait. Hi Oua en sortit.
- Que crois-tu faire là ? Caches-toi !
- Que s'est-il passé ? Lui demandais-je, ignorant son ordre.
- Des Cobrakins ont quittés le désert et sont venu dans le village. Le marchand a fuit mais ils l'ont poursuivi. Je ne les ai pas revu, mais ils courraient vite. Rejoins ta hutte, c'est tout ce que tu pourrais faire.
Sur ce, le jeune villageois rejoignit sa cachette derrière le cerisier.
Mais je ne voulais pas abandonner le vieux marchand. Je courus vers les Bois, bien qu'Hi Oua se frappa au front, l'air désespéré.

Je ne vis personne, même pas un seul moshu. Les stelles étaient vides. Je sursautais; quelqu'un venait de gémir !
Je courrais vers la source de ce bruit et je m'arrêtais net. Un petit aviakahn gisait par terre, une profonde blessure au flanc et une aile brisée.
- Que s'est-il passé ? L'interrogeais-je.
- Des ... Cobrakins ..." Gémit-il, pris de convulsions." Ils ... nous ont tous attaqué ... Même Zi ... Je ...
Le jeune oiseau cracha du sang. Sa respiration cessa peu à peu. Il semblait étouffer. Ses yeux rougirent et il se redressa lentement. Il respirait à nouveau, mais différemment. Il crachait presque l'air. Ses blessures disparurent à vue d'oeil. Son aile cassée tomba en poussière. Des écailles se formaient et une tête de serpent poussait à la place, formant une sorte de bras.
Je reculais, horrifié, puis pris la fuite. Je revenais dans le village et courrait vers les montagnes, cherchant une protection. Mais personne. Un coup me toucha dans le dos et je tombais. Apeuré, je me retournais à terre. Un moshu me fixa. C'était un Dia-Nagasho.
- Qui es-tu ?" M'interrogea-t-il, méfiant.
- Yī Shǒu. Et toi ... ?
- Igh. Que fais-tu ici ?
- Je ... je cherchais le marchand ... j'ai entendu dire que ... des Cobrakins ...
- Je sais ... Si a encore fait des siennes ... Les Cobrakins se sont révoltés et attaquent tout le monde, même d'autres noirs et ...
Une ombre se dressa derrière le moshu. Une longue tête de serpent fonçait droit sur le cou du Nagasho mais fut stoppée net par ses griffes. Il donna un coup dans le ventre du monstre qui trébuchait en arrière et tombait du haut du plateau des Montagnes.
- Je dois repartir, je ne peux pas laisser Si trop longtemps seul. Fait attention à toi, je n'aimerais pas te revoir en Cobrakin !
Sur ces paroles, le moshu m'abandonna. Je me redressais. Mon dos me faisait toujours mal mais je parvins encore à marcher.
Je m'avançais vers la cascade pour me rafraichir. Je plongeais ma tête dans l'eau ... et la resorti en poussant un cri de terreur. Au lieu d'y avoir des pierres, une couche de glace translucide servait de lit au torrent et en dessous, il y avait une grande pièce. J'y avais vu le marchand entouré de Cobrakins. Mon cri avait du attirer leur attention car l'eau commençait à bouillonner. Je courus, ignorant la douleur, et me réfugiait derrière un arbre. Deux grands Cobrakins sortirent du torrent, comme s'ils poussaient de la terre. Ils regardaient autour d'eux. L'un d'eux avait du m'apercevoir, car les deux fonçaient soudainement droit sur moi. Je pris mes jambes à mon cou. Je trébuchais sur une pierre et m'étalais de tout mon long. Je sentais l'odeur pestilentielle des Cobrakins et une des têtes s'approcha de moi. Mais les deux Cobrakins sursautaient, visiblement effrayé par quelque chose. Je regardais dans la même direction qu'eux. Là-bas, à l'entrée des Montagnes, un grand moshu, entouré d'une sorte d'aura noir luisante qui formait un dragon au dessus de sa tête. En un éclair il disparut et réapparut au dessus des deux immondes monstres. A une vitesse aberrante, il les griffa, frappa et jeta à terre. Il n'en subsistait plus que des morceaux de chair.
Lentement, l'espèce de fumée se dissipait. Le moshu était Igh.
- Que ..." Tentais-je de commencer, mais le Nagasho me coupa.
- Comment se fait-il que tu attires les Cobrakins comme des aimants ? J'ai du faire appel à Hak Long en personne !
- Comment ... ça ?
- Crois-tu vraiment que j'aurais pu tuer ces monstres si facilement ? J'ai laissé le Grand Dragon Noir prendre possession de moi, c'était la seule façon de te sauver. Et il a juste accepté ma requête car ces Cobrakins lui avaient désobéi. On se voit toujours 2 fois dans la vie; la prochaine fois, je ne serais peut-être pas là pour te sauver la mise !
Sur ces paroles acides, le Nagasho repartit aussi subitement qu'il était venu. Cependant, je doutais que ce soit un hasard qu'il était encore là pile au moment où j'avais eu besoin de son aide. Maintenant, j'allais devoir délivrer le marchand seul, et il devait rester encore au moins 3 Cobrakins dans la grotte sous la cascade. Comment allais-je faire ? Déjà, une grande ombre planait sur moi; je regardais le ciel mais le soleil m'était caché par une grande créature qui venait droit vers moi.

Un gigantesque oiseau au plumage doré atterri quelques mètres devant moi. Il portait une sorte de cuirasse d'écailles cuivrée. Il se penchait élégamment vers moi. Un rouleau était accroché autour de son cou par un long bandeau en cuir. Je pris le parchemin, le déroulais et lu. Il s'agissait là d'un message de Yao ordonnant au villageois de fuir le village. En bas de page, il y avait la signature du coq, l'empreinte d'une de ses griffes dans de la poussière d'or.
Je rendis le rouleau à l'aviakahn qui reprit aussitôt son vol vers le village. Je restais quelques temps là, perplexe. Je ramassais quelques baies en réfléchissant. Dans le message, le lieutenant blanc avait dit qu'une épidémie poussait les Cobrakins à se rebeller et à attaquer tous ceux qui croisent leur chemin. La simple morsure d'un d'entre eux entrainait des mutations abominables.
Je me décidais cependant de revenir à la cascade. J'emplis mes poumons d'air, je plongeais dans l'eau, je jetais un regard en bas et collais mon oreille contre la glace.
Le marchand était attaché à une sorte de poteau en ossements et deux Cobrakins l'interrogeait.
- Où caches-tu tes ressssserves de marchandisssssses ? Parles !
- Je ... n'en sais rien ..." Mentit le vieil homme, tremblant et balbutiant.
- Tu mens !" Cracha l'immonde créature. " Si tu tiens à ta pitoyable vie, donne nous ton ssssecret, où ssssont cachées tes marchandissssses ?!
La tête de l'un des monstres s'approcha dangereusement du cou du marchand. Pris de panique, il tenta de se débattre. Dans un élan de folie (et de manque d'air), je bondis hors de l'eau et sautais sur la couche de glace.
Il y eu un craquement et le "plafond" céda. Je tombais dans la petite chambre, juste devant les deux Cobrakins. D'un geste de panique, je mis une des baies dans ma bouche, ne l'avalant cependant pas.
Les deux monstres me regardaient, se dévisageaient et, au même moment, fonçaient sur moi. Je sentais une terrible douleur dans mes deux bras; ils venaient de me mordre simultanément. Prenant mon courage à deux mains, j'avalais les baies et serraient mes bras, coinçant les têtes de Cobrakins mais souffrant horriblement.
Voyant que j'avais déglutit difficilement, un des Cobrakins regarda à terre. Mes forces me quittant, j'avais laissé les quelques dernières baies tomber à terre. Horrifiés, les deux monstres se libérèrent de mon étreinte par la force, déchirant mes bras.
- L'ordure !" Cracha l'un des serpent mutant.
- C'est ... trop tard pour vous ... ces baies sont ... toxiques ... vous devez déjà être ... atteint ..." Fis-je, à l'agonie.
L'un des Cobrakins chancela puis s'écroula.
La douleur cessa peu à peu et mes yeux se voilaient ...
J'avais l'impression de m'envoler, je n'entendis qu'à peine le hurlement désespéré du marchand qui me semblait venir du fin fond d'un abîme ...

Tout était devenu noir autour de moi mais une douleur à la joue me sortit de ma torpeur. Quand j'émergeais, Igh était penché sur moi, le bras levé, comme s'il venait de donner une gifle à quelqu'un, ainsi que quelques villageois, bavardant, notamment le marchand.
- Enfin ... Tu nous as laissé bien attendre !" Ironisa Igh.
- Que ... ? Où suis-je ? Je devrais être ... Vous êtes tous ... ?" Commençais-je, pris de panique.
- Mais non ..." Fit Igh, se tapant de la paume de sa "main" contre son front, l'air désespéré. " Tu devrais plutôt me remercier ! J'ai du trouver un antidote au poison des Cobrakins -chose plutôt difficile quand il faut une écaille de Si pour ça- et un remède pour te sauver des baies toxiques. Tu as peut-être voulu en faire trop, à jouer le héros. Les deux Cobrakins ne sont mort que parce que tu as écrasé quelques baies sur ton bras. En te mordant, ils ont aspiré le poison je suppose. Et ...
- Excuses-moi de t'interrompre, mais il y avait 3 Cobrakins !" Le coupais-je paniqué.
Tous se turent. Des bruits de pas lourd venaient de derrière, puis un coup. Le dernier Cobrakin s'avançait vers nous mais fût interrompu par Si qui lui hurlait dessus.
- IN-CA-PA-BLE ! VAU-RIEN ! JE VAIS T'APPRENDRE À ME DÉSOBÉIR !" Beuglait le lieutenant noir, puis, se rendant compte qu'il tenait la mauvaise tête, lâcha prise et attrapa le cou du serpent, le secouant comme un malade.
Après s'être déchainé sur son serviteur infidèle, le grand Serpent trainait le monstre vers les montagnes par la tête.
- Et bien ... " Commença le marchand. " Je ne sais pas quoi dire ... tu as voulu me sauver au péril de ta vie ...
- Et de la mienne !" Ajouta Igh tout bas, sarcastique. Les villageois lui lançaient des regards assassins et il se tut.
- Je ... Merci Yi Shou ...
Je ne pus me retenir, je me levais et je jetais dans ses bras. Tous autour semblaient attendris par la scène, même la vieille sorcière versa une larme ... Tous, sauf Igh peut-être qui ne comprend pas grand chose à ce genre de sentiment et qui seulement, me jetais un regard énigmatique ...

II - L'ombre là haut

Je me nomme Yi Shou et je suis un jeune Yong-Weigien. Depuis l'aventure avec les Cobrakins (cf " Yi Shou - Ce jour là, j'ai vu ..."), le marchand m'a presque adopté comme son fils. Je vis toujours dans ma hutte, mais je sais que j'aurais plus d'un repas tous les 2 jours.

Ce soir, je regardais le soleil se coucher depuis un des cols des Montagnes. Les derniers rayons m'illuminaient, juste moi, assis sur un rocher, à attendre. Igh m'avait promis de me rejoindre dans la soirée mais il n'était pas venu.
J'entendais des pas monter la colline. Hi Oua venait, enjambant les cailloux pointu de ses courtes jambes. Il semblait préoccupé qu'il failli sauter dans le vide mais il se ressaisit et s'assied à côté de moi.
- Beau coucher de soleil ... Mais tu ne devrais pas rester trop longtemps là.
- Pourquoi ?"L'interrogeais-je.
- Tu ne sais donc pas ? Aujourd'hui, c'est la nuit de la Lunaison Rouge.
- La Lunaison Rouge ?
- Oui. Les villageois disent que cette nuit là, Hak Long descend des cieux pour semer la terreur et pour voir où en sont ses troupes.
- Vraiment ?" Demandais-je, naïf.
- Je n'en sais rien. Je dors toujours la nuit." Me répondit-il, souriant, mais il me semblait être nerveux." Bon, je vais rejoindre mon cerisier ...
Je ne suis pas superstitieux et je ne crois pas aux présages, mais j'avais comme une sensation bizarre dans l'estomac. Mais je décidais de rester ici, sur la montagne, à attendre ce qui se passera. Le soleil venait d'entièrement disparaitre et la Lune était visible, bien ronde et blanche. Sauf qu'il y avait comme une ombre devant mais elle disparut immédiatement. J'avais du rêver ...
Cependant, l'air devenait plus froid et des bruits de déplacement venaient du bas de la colline. Dans l'obscurité grandissante, je ne vis rien. Quelque chose rampant le long du chemin et j'entrepris de me cacher derrière mon rocher.
Je regardais la Lune; elle était rouge comme le sang. Une espèce de trainée dorée scintillait dans le ciel. Dans le peu de clarté, je distinguais tout de même Si, Zi, Wei, une sorte de Cheval et deux moshu, de grands Nagashos. Un d'eux se retournait et je me baissais rapidement. Mais devait déjà m'avoir vu. Il se racla brièvement la gorge. C'était Igh ! Mais si Igh et Si étaient là, alors l'autre moshu était ... Shogun ? Était-ce possible ? Que se passait-il ici ?
A peine m'eus-je posé la question que j'aperçu que la montagne était comme enroulée par quelque chose de grand et noir. Je jetais un bref coup d'oeil. Une immense tête de dragon, entièrement noire, aux yeux de braises emplis de haine et de colère et aux crocs pourpres luisant dans la lumière de la lune semblait parler à la petite assemblée. Je sentais comme mon coeur se serrait. Si j'étais découvert, cet immense créature n'aura besoin que de souffler et je serais réduit à l'état de cendres. Mes jambes tremblaient tellement que je ne pus rester assis et je tombais en avant. Quelqu'un avait du m'entendre et se dirigeait dans ma direction. Je regardais en l'air et vis ... Igh me fixer.
- Non, il n'y a rien. Peut-être le souffle que Votre Altesse à fait trembler la montagne de peur ..." Fit Igh, d'une voix étrangement rauque et haineuse.
Le dragon eut une sorte de rire.
C'est à ce moment que je perdis conscience. Tout tournait autour de moi, je me sentais comme libre, capable de voler. Je ne ressentais plus rien.
Si ce n'était que quelqu'un m'empoignait un peu plus tard ...

Ce quelqu'un me secouait puissamment et je repris mes esprits rapidement.
Il faisait toujours noir mais la lune était redevenue blanche, me souriant comme à son habitude. Un Nagasho me tenant fermement entre ses mains. Je l'identifiais comme étant Igh.
- Mééé ... ! Arrêtes !" Lui lançais-je.
- Qu'est-ce qui t'as pris d'espionner derrière le rocher ?! Parles !" Beugla-t-il. Sa voix était étrangement déformée par la colère. Ses yeux, d'habitude si clair, étaient rouge, luisant de rage.
- Je ... je n'espionnais pas !
- Que faisais-tu alors ?! Tu as manqué de te faire tuer par Hak Long lui-même ! Tu parles d'un honneur ... Que faisais-tu derrière ce rocher ?!
- Je ... voulais regarder la lune. Hi Oua m'a parlé d'une Lunaison rouge ou un truc comme ça et ...
- Et tu voulais savoir ce que c'était." Complétait Igh. "J'ai dût mentir à la plus haute divinité que j'admire pour te sauver, tu t'en rends compte j'espère ! Aucun des autres représentants n'aurait été si clément avec toi ! Et maintenant, retourne dans ta hutte !
J'exécutais, un peu honteux mais toujours sous le choc. J'avais vu Hak Long ! Je repartais dans ce qui me servait de lit et m'endormis aussitôt, étonnant après ce que je venais de vivre.

***

Quelque peu plus loin dans un endroit retiré du Marais Maudit.
- Tu es bien téméraire pour oser me mentir !
- Je sais, Votre Toute-Puissance ...
- Ce petit homme semble te tenir à coeur. Non ?
- Cela se peut ...
- Je ne te condamnerais pas car tu es un de mes plus fidèles et anciens serviteurs.
- Je Vous remercie infiniment ... Permettez-moi de me retirer ...
- Va ! N'oublie pas ton devoir, jeune Igh et fait en sorte que cet humain ne refasse plus ce genre de choses. Je ne l'épargnerais pas encore une fois.
Sur ce, Igh se retira, demeurant 3 mois dans les Marais Maudits en pénitence.

III - Les serpents viennent

Igh était partit la nuit suivante, sans laisser de traces. Au moins, le village était en paix et tout s'était normalisé. Le calme était revenu et personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit à propos de la visite du dragon noir.

Au petit matin de la semaine suivante, je courus depuis ma hutte vers celle du marchand pour le réveiller car le soleil était déjà levé. Mais la porte était toujours fermée. Rien à faire. J'entendais un paisible ronflement derrière elle, mais personne ne m'ouvrit. J'étais sur le point de vouloir enfoncer la porte que quelqu'un m'interpela :
- Eh, Yi Shou, que fais-tu là ?" Me demanda le marchand, incrédule." C'est gentil de vouloir ouvrir la porte, mais il ne faut pas déranger le Prédicateur !
- Le ... prédicateur ?
- Mais oui, voyons. Chaque année, le Prédicateur vient au village pour nous prédire l'avenir. Et cette année, je suis chargé de l'héberger. C'est un grand honneur pour moi, comprends-tu, alors laisses-le dormir.
Je ne répliquais pas. Je ne me serais pas attendu à ce que ce "diseur d'avenir" vienne chez mon presque-père. L'année dernière, il était resté chez la sorcière mais l'odeur d'encens omniprésente l'avait empêché de dormir et il était repartit au lendemain, à l'aube, sans prévenir personne. Seul moi et Hi Oua l'avons vu.
Ne sachant pas trop quoi faire, je partis dans les montagnes, en quête de Wei. J'enjambais grandement le ruisseau, me méfiant de ce que pouvaient cacher les pierres et les reflets d'eau. Je passais près du Temple et un moshu, gardant l'entrée, me salua d'un petit hochement de tête. Enfin j'arrivais aux quatre majestueux piliers et me dirigeait vers leur centre. La haute stèle s'élevait du reste du paysage et en son centre siégeait Wei. Il me jeta un regard hautain puis, ayant remarqué que je me dirigeais vers lui, m'interpela :
- Petit homme ! Que viens-tu donc faire ici ? Ce n'est pas un endroit pour des mômes !
- Je ..." balbutiais-je."Je cherche un moshu qui s'appelle Igh-Hantei et ...
- Hein ? Le frère de c'te fourbe de serpent des dunes ?
- Je pense que oui ...
- Il est parti ... loin d'ici. Il ne reviendra pas avant ... Uh !"s'exclama le Bouc subitement.
Je me retournais et restais pétrifié. Le Prédicateur se tenait juste derrière moi, vêtu d'une longue cape rouge portant le symbole des deux dragons, les cheveux volant dans le vent qui venait de se lever. Son visage était caché par une ombre venue de nulle part. Le lieutenant noir descendit de la stèle et s'agenouilla devant lui, fixant le sol.
- Maître Ang En...
- Vas-tu te taire ?" Le coupa le prédicateur d'une voix d'outretombe." Nul ne doit connaître mon nom !
- Je ... vous demande pardon ô grand maître ..." Répondit le Bouc, fort embarrassé.
- Je suis venu vous annoncer le retour des Serpents ... Soyez préparé !
En un nuage de fumée, l'homme avait disparu comme il était apparu, laissant Wei déboussolé et moi incrédule. Quels Serpents ? Parlerait-il des Cobrakins ?!
Impossible, Si n'avait quand même pas pu refaire la même gaffe ... ! Le Bouc avait à nouveau rejoins sa stèle et sorti une large hache. Il voulait paraitre sûr de lui, mais son expression trahissait de la nervosité.
Du haut de la colline, je voyais Shen parler avec l'étrange prédicateur. Lui aussi semblait en prise à une agitation intérieure. Mais que se passait-il ?
Je me résolu à aller au désert afin de voir de mes propres yeux ce qui s'y tramait, quitte à risquer ma vie !
Je montais lentement la pente sablonneuse. Une odeur de moisi flottait dans l'air; une odeur qui ne me rappelait rien de bon. Pris dans mes souvenirs, je tattais mon bras gauche. La morsure de l'un des deux Cobrakins me faisait toujours souffrir un peu, mais je n'avais pas à me plaindre, j'étais toujours en vie après tout, c'est ce qui comptait.
Arrivé en haut, j'eus droit à une vue spendide sur tout le désert. Cependant, je ne voyais personne. Sauf que l'odeur s'était renforcée. C'était répugnant ! Je me dirigeais vers un des piliers de Si. Derrière un des rochers, quelqu'un semblait dormir, ronflant étrangement. Je m'approchais lentement. Un Sangriar Champion ! Je bondissais en arrière, espérant qu'il ne se réveille pas pour ne pas finir en chair à pâté. Il se remuait, puis ouvrait lentement une paupière, puis l'autre, me fixant d'un air méprisant ...
- Hein ? Qu'est-ce que tu veux, toi ? T'as pas fini de me réveiller ?! Et puis ... Oh, ça pue !!" S'exclama-t-il, dégouté.
- Je ... ne savais pas ..." Commençais-je, intimidé.
Au lieu de m'écouter cependant, le Sangriar se retournait et se rendormit. Je continuais mon cheminement, tout en essayent de ne pas réveiller tous les autres monstres qui sommeillaient. Mais soudainement, je sursautais en hurlant; je venais de marcher sur un petit cactus qui s'était débarrassé de ses épines dans mon talon. Je retirais les petites aiguilles une par une de mon pied gauche, tressaillant à chaque fois. Peu m'importait si j'avais été remarqué, mais j'allais rapidement changer d'avis car un long sifflement furieux interrompu mon opération. Un grand Cobrakin grisâtre se dressait à quelques mètres de moi, crachant du poison qui dissolu le sable dans de petits nuages de fumée verte. La tête de serpent me fixa d'un air mesquin de ses yeux rouges sans paupières, me terrifiant. Je voulais m'enfuir, courir à toute vitesse rejoindre les Sangriars qui auraient peut-être pu me protéger, mais mes jambes refusaient d'obéir et mon pied blessé brulait horriblement car du sable était entré dans la plaie. Une fuite n'était plus pensable.
J'essayais malgré tout de faire un pas en arrière, mais je trébuchais. Le long cou du reptile s'approchait dangereusement du mien, crachant toujours du venin. Une gouttelette me toucha à la joue, brulant ma peau. Si j'aurais pu, j'aurais crié, hurlé, mais la peur de ce monstre me tenaillait. Ce dernier ouvrit la bouche entièrement, dévoilant ses longues dents fines et blanches. J'avais fermé les yeux, m'attendant à ce qu'il me morde, mais je n'entendis qu'un bruit sec puis un autre, plus lourd. Après quelques minutes, j'avais réouvert mes yeux. Le Cobrakin gisait sur le sable, sa tête est tombée à quelques centimètres de mon cou, tranchée par une sorte de long poignard très fin marqué de l'insigne des deux dragons. Je me relevais et regardais autour de moi. Il n'y avait personne, sauf un Sangriar qui, s'étant allongé contre un des pilier, semblait endormi à une bonne dizaine de mètres. Mais qui avait bien pu lancer cette arme ? Je la prenais en main; elle était légère et semblait bien aiguisée. Sur la lame, il y avait de petites inscriptions en une langue que je ne connaissais pas. Seul un humain aurait pu manier cette petite dague. Mais qui ? La sorcière utilisait la magie, le marchand se servait d'un Jō, le vieux sage du temps pratiquait du kung-fu et le prédicateur devait être trop vieux pour combattre. Hi Oua ? Non, il ne savait pas manier des armes de ce style. J'empochais donc la dague, l'attachant à ma ceinture et je repartis, continuant de monter la dune. Arrivé en haut, je passais à côté des ronces géantes, barrière à toute créature plus large qu'un moshu.
Arrivé au temple, je me voyais contraint de m'arrêter. Des Sangriars patrouillaient derrière les deux bâtiments, m'interdisant l'accès si je ne voulais pas finir en hachis. Je me cachais dans l'ombre des deux grandes pagodes, essayant de trouver une faille, un trou dans la marche des Sangriars qui m'aurait permis de me rapprocher de Si.
Mais au fait, pourquoi étais-je venu ici ? Pourquoi avais-je pris tant de risques ? J'étais toujours blessé au pied, mais ma blessure s'était refermé, sans que je ne puisse expliquer pourquoi. Je n'y avais même plus pensé. Ma joue non plus ne portait plus de marque de l'acide du Cobrakin. Étrange ...
J'étais tellement perdu en pensée que je n'avais pas tout de suite remarqué le sifflement caractéristique de l'abominable élite de Si. Dans l'ombre, une tête se rapprocha de moi et je bondis en arrière quand elle me frôla.
- Coucou, petit homme ..." Fit l'horrible Cobrakin, gris lui aussi." Je t'ai fait peur ? Mais ... Qu'est-çççççce que tu cherches ?"
Je me saisi immédiatement de la dague, la tenant en direction du monstre. Celui-ci fit un pas en arrière, comme si je tenais quelque chose qui lui répugnait.
- Ahh ... Une Dague des deux Dragons ... Tu es bien ... ssssssspéççççççcial, petit homme ... Ranges-moi ççççççça, ççççc'est dangereux de jouer avec des armes.
Lentement, je me relevais, tenant toujours mon arme en direction du Cobrakin. Il reculait encore. La lame de la dague semblait comme entourée d'une aura légèrement verte, et l'infâme monstre en fixa la pointe, comme s'il avait peur que quelque chose en surgisse.
Je lâchais l'arme qui, sans que je n'eus besoin de la lancer, partit à l'avant comme une flèche, se plantant dans le front du Cobrakin. Celui-ci tombait en poussant un cri étrange, m'effrayant. Mais ce qui m'effrayait encore d'avantage, c'est que les Sangriars devaient avoir remarqué ma présence. Avant que je n'avais pu ramasser mon projectile, un Sangriar Grand Vizier s'était posté à quelques mètres de moi, me fixant, faisant signe aux autres de venir. Son expression n'annonçait rien de bon ...
Je voulais sauter en avant pour ramasser mon arme, mais une grande main velue tenait mon épaule, m'empêchant de bouger. Une longue griffe glissa le long de mon coup et une voix sombre, caverneuse fit :
- Un faux pas et t'es mort, nabot. Viens !
Toute une colonne de Sangriars "m'escorta". Je dus traverser plusieurs dunes sous le soleil brulant. Je pensais que j'allais défaillir d'un moment à un autre, mais la longue griffe collée contre ma gorge me rappela à l'ordre. Lentement, la troupe se rapprochait d'un lieu craint même des Sangriars : la stèle de Si.
En se rapprochant, je remarquais que le lieu était entouré de Pentacles aux multiples inscriptions, des inscriptions semblables à celle de la Dague des Deux Dragons. Le sable luisait étrangement lui aussi. L'odeur de moisi s'intensifia et j'avais la tête qui tournait. Tout devenait flou puis noir et je tombais dans le sable. J'avais perdu connaissance ...

Lorsque je me réveillais, j'étais attaché à une sorte de totem en ossement et à quelques mètres de moi se tenait le lieutenant serpent. Tout le sol était parcouru de lignes vertes, formant d'immenses cercles, octogones et autres formes géométriques qui semblaient avoir un même centre : un petit cercle dans le sable formé par des crânes humains, de moshus comme de monstres indéfinissables. Si s'affairait sur quelque chose qui ressemblait de loi à un cadavre humain.
Lentement, il tournait la tête et me fixait. Il se retournait entièrement et se décala de quelques coups de queue. Au milieu du cercle macabre gisait une immondice que je ne saurais décrire. J'en avais la tête qui tournait rien qu'à la regarder.
- Cççççc'est bien dommage, n'est-ççççççce pas ? Cçççca aurait dû devenir un guerrier Cobrakin "amélioré" mais j'ai encore raté ... Regarde sssseulement autour de toi, humain.
Je regardais sur les côtés, ne sachant où poser mon regard. Partout gisaient des cadavres d'horreurs abominables en putréfaction. Les uns avaient une tête, d'autres en avaient deux, certains avaient une sorte d'exosquelette tandis que d'autres n'étaient qu'un composé indescriptible à l'aspect mou.
- Cççc'est moche à voir, n'est-çççççce pas ? Tant de morts pour rien, humain ... Et alors ? Tant que le village existera, j'aurais des corps !" Fit-il, presque en extase, de sa voix doucereuse et sadique. "Oui, humain, tous çççççceux qui sssss'aventurent dans le dé-ssss-ert périssssssent içççççci. Et voilà qu'un jour, un petit humain ssssse trouve drôle de tuer un de mes Cobrakins. Et qui était-çççççce ? Yi Shou, le fils de Lei Shou, le tueur de Cobrakins. Je me ssssouviens encore bien de ssssa mort ... Il a péri de la même faççççon que toi tu périras ... Oh, ne t'en fais pas, il était corriaçççce ... Il a même survécu ma transsssformasssstion mais il ssss'est donné la mort enssssuite ... Va sssssavoir pourquoi ...
J'étais écoeuré. Mon père avait donc péri entre les mains de ce monstre ? J'aurais voulu pleurer, mais j'étais pétrifié, choqué ...
Un Sangriar s'approchait silencieusement du serpent et lui communiqua un message inaudible, mais Si s'écria.
- Quoi ?! La Dague des Deux Dragons ? Impossssssible !
Le Sangriar se figea et tomba à la renverse. La longue dague s'était plantée dans sa nuque, le tuant sur le coup. La silhouette du Prédicateur fit lentement son apparition. Si poussa un hurlement de colère et de terreur. Il prit une expression étrange, à la fois paniqué, mais aussi fou de rage.
De sa voix d'outretombe, l'étrange homme se mit à parler, laissant transparaitre du dédain dans voix.
- Si ... Qu'espérais-tu en tuant ce petit humain ? Tu n'es pas censé le tuer. D'ailleurs, tu n'étais pas censé non plus détraquer les Cobrakins ! Et qui plus est, tu as empesté la stèle !
D'un claquement des doigts, les abominations en décomposition qui rodaient le lieu disparurent, partant littéralement en fumée. Puis, ayant congédié Si d'un geste de sa main, il s'adressa à moi.
- Petit homme, tu es encore trop jeune pour tout savoir. Pour le moment, tu n'as d'existence que virtuelle à mes yeux. Fuis de ce lieu. Mais surtout, n'oublies pas la Dague que je t'ai donné. Elle aura un rôle capitale dans ton histoire. D'un claquement des doigts, mes liens se défirent et je fus transporté par les airs à Yong Wei, atterrissant juste à côté de Hi Oua qui renversa sa soupe par terre.
- Purée, tu ne peux pas t'empêcher de faire le clown ?

IV - ILS sont là ...

C'était bien gentil de la part du prédicateur de me renvoyer à Yong Wei (bien que Hi Oua n'était pas de cet avis), il avait oublié de me donner la Dague des Deux Dragons qu'il m'avait dit de prendre et garder précieusement. J'allais donc devoir retourner dans le désert ...
Je repartais donc, pensif, passant par le col désert des montagnes, réfléchissant toujours aux paroles de Si. Il avait donc connu mon père ? Mais ma mère ? Je ne savais rien de mes parents, mis à part que mon père avait été un "tueur de Cobrakins", comme l'avait dit le lieutenant serpent.
Entre temps, j'étais arrivé dans le désert et le sable, brulant, me contraignait de sautiller de zone d'ombre en zone d'ombre pour ne pas avoir les pieds cuits. Je m'approchais tant bien que mal des piliers. Une rangée de Cobrakins gardait l'entrée. Impossible de passer donc ...
J'allais devoir faire le tour. Je m'aventurais dans les parages, cherchant un moyen d'accéder à la stèle ... À la stèle ?! Je n'y avais plus pensé, la dague était à la résidence de Si ! Comment allais-je faire ?
Tout en pensant, je continuais d'avancer dans le sable jusqu'à arriver à un grand rocher ... troué. Une sorte de tunnel s'enfonçait dans la pierre ...
Je jetais un regard à l'intérieur. Il faisait noir, mais plus loin, quelques endroits étaient éclairé. Le sol était sombre et mouillé, reflétant un peu la lumière des cônes lumineux qui l'illuminait.
Mes pieds commençaient à griller donc je me décidais d'entrer. Je marchais en plein dans une flaque d'eau froide, provoquant un grand bruit d'éclaboussure qui résonnait dans toute la grotte. Au loin, des bruits de charnières métalliques répondaient à ma mégarde. Je voulu ressortir, mais une grande lame jaune s'était collé sous mon menton, menaçant de me transpercer la gorge. Deux petits yeux rouge luisants et emplis de colère me fixaient. Je ne savais pas quoi faire. Et je sentais la lame froide se rapprocher lentement mais dangereusement de mon cou.
Un bruit de pas résonnait dans la caverne et mon étrange attaquant sursauta puis se rétracta aussitôt en une sorte de tonneau. Au loin, dans un des rayons de lumière se traçait une obscure silhouette humaine dont un des bras illuminait les parages d'une légère lueur dorée. Mais en un bond, il redisparu. Je profitais de son "intervention" pour sortir de la grotte. À l'instant d'après, le trou vacilla et se referma comme si la pierre était aussi molle que du beurre.
La roche se déformait à son sommet, formant un corps qui se devint en chair et en os : le Prédicateur.
- Encore vous ?!" M'écriais-je.
- Ouaip. J'allais te rendre la dague que j'ai oublié de te redonner et puis, je tenais aussi à te dire de ne pas entrer dans cette grotte ...
- Ah.
- Bah oui, mais bon, évidemment, il a fallu que tu entres ..." Fit-il, faussement désespéré.
Et étrangement, il avait une voix "humaine", plus de résonance à la outretombe.
- Bon, ceci dit ..." Continua-t-il.
D'un geste rapide, il envoya la dague se planter dans le sable, de façon à ce qu'elle passait à quelques centimètres seulement de mon cou.
- Que ... ?!" M'exclamais-je. "Vous auriez pu me tuer !"
Mais il avait déjà disparu. Je me saisi de l'arme et me dépêchais de me trouver une place à l'ombre car j'avais les membres rôtis.
À peine que je m'abritais sous une sorte d'arbre-ronce qu'un sifflement caractéristique me fit sursauter. Une tête de Cobrakin jailli juste devant mon visage, montrant ses longues dents blanches qui n'étaient qu'à quelques centimètres de mes yeux ... Ses yeux narquois emplis de haine me fixaient méchamment. La tête se rapprocha lentement jusqu'à ce qu'il y aie un bruit d'éclaboussement. Le serpent se figea, les yeux exorbités. Il tomba sur le côté, le corps réduit en bouilli. Un gigantesque Taeyen l'avait abattu d'un coup de poing par derrière.
Je restais pétrifié. Le colosse de pierre me regardait, inexpressif. Dans le ciel, des ombres tournoyaient et venaient se poser près de moi; des Griffes d'Or.
Sans rien dire, ils me saisirent par les bras de leurs griffes puissantes. Je n'eus pas le temps de réagir que mes pieds se décollaient du sol. Je parvins à peine à prendre la dague entre deux orteils. Les deux oiseaux me portaient dos vers l'avant, m'empêchant de voir leur direction. Cependant, les bruits et cris d'oiseaux s'amplifiaient au fur et à mesure. De plus en plus d'Aviakahns volaient dans le ciel, nous tournant autour.
Soudainement, mes porteurs me lâchaient et je tombais. Je m'attendais à tomber de très haut et à m'écraser sur quelques rochers. Mais à peine que je réalisais qu'ils m'avaient lâchés et j'atterrissais sur le sable brulant. La dague se planta à quelques dizaines de centimètres de ma main. Je voulu la prendre, mais une grande griffe dorée se posa dessus. Je levais le regard et fus aveuglé par une intense lumière. Je n'entendis qu'un rire hautain puis une voix lointaine s'éleva ...
-Yi Shou ... Tant de temps que je rêvais de t'avoir ... Enfin, je pourrais me venger de ton père ...
Une aile brillante s'abattit près de lui. La tête du coq cachait le soleil, donnant une apparence quasi-divine au lieutenant blanc. Yi Shou recula, tentant vainement d'échapper à Yao, mais une puissante serre l'agrippa à l'épaule, le paralysant de douleur. Il étouffa un cri. Les yeux de l'énorme poulet s'emplirent peu à peu d'une lueur rouge. Yi Shou savait ce que ça voulait dire ... Bientôt, il ne serait plus qu'un tas de cendre !
Un cri rauque, suivi qu'une série de jurons en-dessous-de-la-ceinture, attira l'attention de son bourreau. Bien que Yi Shou ne savait pas ce qui arrivait, il remarqua que le coq paraissait inquiet, mais tout aussi arrogant qu'à son habitude.
- Si ! Comment oses-tu ainsi te précipiter sur mon territoire ! Crochebec ! Où est ton armée ?
Un rire moqueur de Sangriar répondit à sa question. La serre lâcha Yi Shou, lui permettant de voir ce qui s'était passé. Le lieutenant Cobrakin avait pénétré le territoire blanc en compagne d'une meute de Sangriar, guidée par Mok Jajun, qui lui tenait une série de plumes brillantes ensanglantées dans ses mains poilues.
- Alors, Poulet de Flammes, tu voulais nous piquer le nabot ?" Railla-t-il.
Le coq s'offusqua, mais ne répondit rien. Il fit quelques signes discrets de l'aile et immédiatement, deux grands Aviakahns Griffe d'Or se précipitèrent sur le garçon. Au même instant, un nuage vert et puant naquit du sol, formant un dôme protecteur au dessous de Yi Shou qui perdit conscience, la peur et la puanteur l'ayant poussé à bout.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il se trouvait toujours à la stèle du Coq. Mais tous avaient disparu. Une ombre s'approcha de lui et lui tendit la Dague des Deux Dragons. Yi Shou la prit et remercia l'inconnu. À peine eut-il l'arme entre ses mains que la cape s'effondra, comme s'il n'y avait rien eu en dessous. Il se vêtit avait et se mit en chemin pour Yong Wei ...

V - Un valeureux guerrier

Munit de la dague et de l'étrange cape, Yi Shou se frayant un chemin au travers des ronces, évitant ainsi de passer par le front de la bataille qui faisait rage au premier pilier de Yao. De loin, il aperçu que des moshus s'étaient joint au combat, évinçant les rangs adverses qui se reconstituaient tout le temps.
Bien que cela le couta quelques égratignures, il parvint à rejoindre l'entrée du désert. La cape l'avait superbement protégé, et elle ne portait pas une trace, pas un trou pouvant témoigner du fait que Yi Shou l'avait trainé dans les ronces du désert, réputées pour rivaliser avec de véritables poignards au niveau tranchant qu'au niveau de la dureté.
Il se faufila hors du "foutu désert", comme l'appelait Mok Jajun, droit dans les montagnes. Mais plutôt que de rentrer à Yong Wei, il décida de s'installer dans la caverne de la cascade.
À l'attention des moshus, il laissa un message gravé dans le plus grand des galets du fleuve.
Ce qu'il avait écrit dessus ? Trouvez la pierre, et vous le saurez.

VI - Un appel venu d'ailleurs

Yi Shou se laissa tomber sur son lit, totalement KO. Il avait passé la journée à porter des caisses de Perles Éternelles pour le marchant qui l'hébergeait depuis bien longtemps maintenant. Éternellement lourdes surtout. Mais le travail était fini, les 400 (et oui, il y en avait quand même quatre cents, et 20 par caisse) perles étaient désormais rangées sur l'étalage, bien agencées, et n'attendaient plus que les moshus aux dents dures pour les croquer. Yi Shou avait tenté un jour d'en manger un bout, mais le marchand l'avait surpris et le contraignit à recracher le petit morceau qu'il avait mis en bouche. Hormis une dureté digne du granite, l'étrange nourriture bleue était totalement insipide. Les moshus avaient des goûts bizarres de toute façon.
Mais enfin, il pouvait se reposer en toute quiétude. La Lune n'allait pas tarder à se pointer. Avait-on une lune spéciale cette nuit ? Non, sans doute pas. De toute façon, le ciel était couvert. Une mince couche de nuages roses cachait un soleil couchant. Enfin il allait pouvoir dormir.
Marrant, ça faisait maintenant bel et bien plus d'un an qu'il était à Yong-Wei, depuis sa toute première aventure. Le temps passait vite. Ceci dit, il s'en souvenait encore très bien. Trop bien même. Manquait plus qu'il refasse des cauchemars maintenant. Oui, il s'en souvenait ...
Un brisement, suivit d'un nom d'oiseau désignant celui qui avait laissé trainer 'ça' là tira Yi Shou de son demi-sommeil. Il se leva et alla voir ce qui s'était passé : Le marchand avait fait tomber une Perle qui s'était brisée en mille petits morceaux qui jonchaient maintenant gaiement le sol de la boutique. Yi Shou alla se pencher pour en ramasser un, lorsque son hôte lui intima l'ordre de ne pas y toucher, sous prétexte qu'il pourrait se couper et qu'il ferait mieux d'aller dormir. Il devait être tard de toute façon. Il partit regagner son lit, lorsqu'un fragment, tombé hors de la portée du marchand myope, attira son attention. Aimanté par le petit morceau de cristal luisant, Yi Shou le ramassa vite fait et regagna sa couette.
Qu'est-ce que ces éclats de perles avaient donc de si spécial ? Et pourquoi se sentait-il si attiré par eux ? Il n'y avait pas de raison. Il prit son petit trésor entre le pouce et l'index, afin de pouvoir le retourner dans tous les sens. À la faible lumière, il restait tout de même fascinant, captivant. Le toucher était parfaitement lisse, et ses doigts ne laissaient aucune trace sur ce qui semblait presque être du verre. Encore froid au début, le petit fragment commençait à prendre la température corporelle de Yi Shou, jusqu'à soudainement fondre, formant une tâche sur l'oreiller. De la tâche se dégagea un fin filet de fumée blanche luminescente. Juste un peu au début, puis de plus en plus, toujours davantage. Un véritable nuage flottait maintenant au dessus du lit du pauvre Yi Shou, totalement pétrifié. Car ce nuage n'avait pas une forme de mouton quelconque, mais prenait une silhouette bien particulière : Le Prédicateur.
Et tout aussi soudainement, sa voix d'outre-tombe résonna dans la tête du pauvre gamin :
- Yi Shou ... Un problème ... La Cité des Nuages ... Devenu un vrai foutoir ... Peu de temps ... Rends-toi ... Cascade ... Cette nuit ...
Ça n'allait pas être cette nuit qu'il dormirait en paix. Il restait encore un instant hébété, sous le "choc", tandis que le nuage se dissipait. Seule restait la tache bleue sur l'oreiller.
Yi Shou se laissa tomber, s'écrasant doucement contre le matelas. Il avait tellement sommeil ... Mais pourquoi fallait-il aussi que cet ahuri de prédicateur vienne ce soir ... Pourquoi pas demain ... Ses yeux se fermaient lentement. Il sentit lentement le sommeil le gagner ... Une décharge et une douleur aigüe à la jambe le réveillaient. Deux silhouettes, des Sangriars sans aucun doute, étaient au pied du lit, et venait de le piquer avec une plume d'Aersho. Yi Shou voulait crier, alerter le village, ou au moins le marchand, mais la tension de la plume le figeait. Son corps refusait d'obéir, se mettait à trembler, puis tout s'éloigna ...
Lorsqu'il reprit conscience, il était allongé sur le ventre, le lourd sac de provision posé sur le dos, rendant sa respiration difficile. Sa jambe gauche, celle qui fût piquée, était encore un peu gourde. Il constata qu'il était sur de l'herbe mouillée, et que devant lui se dressait une paroi rocheuse. Il devait être dans les montagnes, pas loin de la cascade même. Il tenta de se relever. Inutile, le gros paquet de provision (absolument immondes : Avez-vous déjà vu ce que bouffent ces bestioles ?) était trop lourd pour lui, et il était impossible de le faire tomber : Il était trop large. Malgré tous ses efforts, l'épais monticule ficellé refusait de bouger. L'air commençait à lui manquer.
Mais soudainement, le poids fut roulé de côté, et un large pied de Sangriar écrasa le sol juste devant le visage de Yi Shou : Un de ses kidnappeurs venait de le délivrer. Mais pourquoi ?
- Euh, donc bon ... Qu'esch qu'il dijait déchà ? Pas l'abimer, ché cha ?" demanda celui qui venait d'apposer sa patte puante devant le pauvre petit gamin terrorisé.
Il avait déjà vu des Cobrakins, il en avait affronté, il avait bravé des Sangriars, survécu à Si, mais ces deux là lui faisaient bien plus peur, de loin. Ils n'étaient pas des machiavéliques qui savent ce qu'ils doivent faire, mais de maladroites brutes dépourvues d'intelligence, et c'est ce qui inquiétait Yi Shou : Ces deux là n'avaient pas idée de leur force, et pouvaient le broyer à tout moment, par inadvertance. Surtout, ils ne savaient visiblement pas ce qu'ils devaient faire maintenant. Qu'est-ce qui lui disait qu'ils ne le découperaient pas en morceau pour le transformer en tas de chaire ficelé avec des boyaux ? Rien que l'idée lui donnait la nausée.
- Bah, euh, chans doute. Enfin, che chais plus trop ce qu'il voulait qu'on fache avec lui ... " fit l'autre, incertain. "Le boch (ndla : entendez Boss !) nous avait dit de le mettre devant la cachcade.
- La cachcade ? Où che qu'elle est ?
- T'étais pas encore chouvent dans les montagnes, toi, hinhinhin ... Là-bas, le machin chintillant.
Yi Shou jeta un oeil dans la direction indiquée. Un machin "chintillant", oui, effectivement, mais ... Le machin, il était verticale et luisait étrangement. Cette chose, quelle qu'elle fut, n'était pas une chute d'eau. Et cette chose, elle se rapprochait lentement d'elle même. Pourquoi, pour une fois qu'on avait des "gardes du corps", fallait-il qu'on soit le seul à se rendre compte d'un danger ?


 
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